• Rue Kléber : un hôtel oublié

     

    9, rue Kléber : un hôtel oublié

     Tableau représentant le 9 rue Kléber : auteur non identifié

    On croit qu'il a abrité des moines, ce qui est fort possible car on y croise, par temps calme, des formes en robes blanches qui disparaissent dès qu'on écarquille les yeux ; qu'il a hébergé un consul d'Espagne vers 1700 ou 1800. Et qu'il a accueilli des enfants durant la seconde guerre. C'est si loin qu'on est obligé d'inventer... Une partie des murs date du 13ème siècle, et l'état du bâtiment indique qu'il a été plusieurs fois remanié au gré des époques et des divers occupants.

    Vendu en 2007, sur ses près de 1000 m2, il tombe tranquillement en ruines parce que le service des monuments historiques est tombé* sur l'acheteur, qui doit maintenant prendre son mal administratif en patience. Beaucoup de squatteurs sont passés là. Les quelques éléments décoratifs qui demeuraient ont été récupérés, la vierge dans sa petite niche au dessus de la coursive, les 4 cheminées, un corbeau** intérieur, des portes aussi. Le plafond peint pâlit doucement et l'escalier monumental s'effrite à qui mieux mieux. La terrasse sud a été déposée. Disparue. Le puits, dont le diamètre intérieur doit avoisiner les 2 mètres et par lequel on peut apercevoir une magnifique arche voutée et une eau bleutée, cristalline, a été rendu inaccessible par le promoteur. Un puits qui, vidé en 2 jours, se remplissait illico ; qui nous parlera jamais des eaux souterraines de Pulcherrima ?

    Le raisin d'Amérique  pousse et mûrit librement dans le jardin où le palmier, énorme, croît à l'abri des charançons et du gel. Partout, des oiseaux morts, des fientes en tas, de la ruine et de la désolation. Mais on y sent pourtant encore la sérénité qui a longtemps baigné cet hôtel particulier et cette lumière intérieure, si douce qui tamise le patio, qui jamais n'a été aussi verdoyant, en fait imaginer la splendeur passée. 

    Passé volatilisé, présent s'effilochant, futur incertain et probablement vulgaire***: pas de Ça d'Oro narbonnais, pas de bibliothèque de prestige, pas de club culturel ou muséal. C'est un triste spectacle que celui d'une maison qui se meurt. Un lieu où nous ne rentrerons plus... 


     

     
    * Inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le 10 janvier 1947 pour ses façades. Inscription au titre des monuments historiques dans sa totalité, immeuble et sol, le 3 juillet 2009 

    ** Corbeau : pièce de bois, souvent sculpté, ou de métal, posé en saillir sur le parement d'un mur pour supporter une poutre. Larousse 1992

    *** La description technique du lieu est ICI. Le programme initial de restauration prévoit la construction de 12 logements avec parkings afférents. Vont -ils combler le puits où en faire une fontaine ?

     

    « S3, où l'on fiche le public dehorsLassalle émeut la salle »
    Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :