• La Dame de Montredon

      

    Elle marche, elle marche sans fin, le temps s'est arrêté un jour et elle y a basculé, condamnée à la route. Elle enfile son legging et s'en va, sur la route de Montredon, si lente, si lasse, si vieille et si usée, si seule, toujours seule, une telle solitude ça n'est pas  croyable et ça n’a pas de nom…

    Elle refuse de vous parler quand vous l'abordez mais vous sourit de temps en temps. Elle a même des connaissances, et peut être des amies.  On la croise quelques fois, le long des vitrines qu'elle lèche, ou attablée, au restaurant, la fourchette urbaine et souriante, faisant semblant, tout en coupant sa viande, de participer à la vie de la société. A laquelle elle ne demande rien. Elle sait depuis longtemps ce que vaut le monde.

    C'est une dame, qui a eu une drôle de vie, une vie dont elle a (peut être) choisi le côté le plus vil, de celle qui permet aux porcs souilleux souillants, de l'injurier, hilares, contents d'eux même et confiant dans leur bon droit à exister minablement, avant de rentrer border des petites filles qui sait ce qu'elles deviendront, ignorant si elles seront de celles qui se posent le long de la nationale pour satisfaire des types comme eux, nombreux, si nombreux ?  Une multitude, et elle seule, sur la route de Montredon, baissant la tête, un éternel sourire figé sur le visage.

     Et qui peut dire l’indicible, sinon celui qui est pur, ou celui qui est poète ?

     Bord de route 

    Le lapereau Au bord de la route,  

    Hume l’air noir du matin 

    Lapereau, «même pas «apeuré 

    Comme disent les enfants 

    Ma voiture poursuit son chemin  

    Qui me mène au travail 

    Au retour, bien plus loin,  sous le soleil qui frappe 

    Ce sont des prostituées Qui «balisent» 

    Qui balisent le trajet.  

    Je banalise.  

                                                                                Michel Sidobre

     

     La Dame de Montredon

     

    Merci au poète Michel Sidobre pour son aimable autorisation.

     

     

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     Article écrit et proposé par Catherine BECAM*

      éro-tik, vous dites ?

     Accords vins et chocolats. Mets gourmands pour une lecture éro-tik tout aussi gourmande. Un Atelier - Galerie d’Art en plein cœur de Narbonne. Le décor est planté pour unique background... Celui de l'artiste peintre Vincenzo Galati, l’hôte pour un soir des « Lectures érotiques » mises en scène par Catherine Coole et Mathilde Ellie. La recette fonctionne plutôt pas mal, les ingrédients sont ici réunis pour exalter le plaisir féminin... Mais pas que. On en redemande.

     

    Femme solaire & magicienne

    Elles pénètrent l’espace consacré lentement, avec grâce, se soutenant l’une l’autre avec une infinie bienveillance. L’une, Mathilde Ellie est nue sous un tissu blanc qui la rend presque virginale. Déesse romaine, Junon majestueuse, ou magicienne des temps nouveaux, puissante et terriblement vulnérable. Le blanc du tissu aussi laiteux que ses cheveux sont d’un noir de jais. Comédienne narbonnaise, elle sait incarner à la perfection le féminin dans ce qu’il a de plus gracieux. Fort et fragile à la fois. Une beauté sensuelle qui se laisse deviner, apprivoiser pour mieux s’abandonner dans l’instant aux coups de crayon de Catherine Coole sa partenaire de jeu, elle, la femme solaire, puissante et souveraine dans sa gestuelle et ses mouvements.

     

     éro-tik, vous dites ?

    En un geste instinctif et rapide, Catherine Coole transmet sur une toile les courbes de la belle lascive qui pose là sur un canapé rouge, sous les yeux d’un public attentif. Au son d’une musique volontairement hypnotique.

    Ode au plaisir féminin

    Et puis elles repartent, une fois la toile achevée. Comme elles sont apparues. Magiques, frissonnantes. Du même pas lent et souverain, abandonnant le public dans le clair-obscur de la galerie de Vincenzo Galati. Pour mieux revenir quelques minutes plus tard...

    La brune Mathilde s’est rhabillée. Elégante, contemporaine dans une robe sobre qui dévoile seulement la naissance d’attributs féminins que le public contemple en silence.

    éro-tik, vous dites ?

    De la première nuit à la dernière, la 7ème, - 7, nombre sacré et magique -, rien n’est laissé au hasard. Et surtout pas la mise en scène de Catherine et Mathilde qui ont choisi de varier avec un malin plaisir… les plaisirs, justement, pour le plus grand plaisir du public.

    Tout cela, mon Dieu, est déjà terriblement érotique…

    La blonde Catherine vient s’assoir auprès d’elle, deux verres de vin posées face à elles, comme pour mieux souligner les instants de partage auxquels invitent ces lectures érotiques à deux voix.

    "Sept nuits" d’Alina Reyes

     Les "Lectures érotiques", c’était il y a 7 jours déjà, un jeudi soir exactement. Du moins à l'instant T où je rédige ce papier. Sept jours. Et "Sept nuits". C'est aussi le titre d'un roman de LA prêtresse de la littérature érotique Alina Reyes. Un roman mis en lumière par le jeu puissant de Mathilde Ellie. Toute en nuances dans ce «Ne me touche pas» que se partage un couple d’amants. Les images quand elle prononce les mots viennent de suite : un ascenseur, une femme, fébrile à l’idée de retrouver l’homme qu’elle désire, une chambre d’hôtel où elle va rencontrer son amant.

     A quoi peut-on s’attendre d’autre qu’à une scène torride ?

    Oui, mais non : «Je l'ai appelé par son nom, il s'est avancé, a entièrement ouvert le lit, m'a demandé de m'y coucher. J'ai essayé de l'entraîner avec moi sur le drap, mais il ne m'a pas laissé le toucher. - Demain, a-t-il dit. La première nuit, il ne faut pas se toucher..." Là est l’art d’Alina Reyes, amener son lecteur là où il ne s'y attend pas, loin des chemins convenus.

     

    Tout en avalant une gorgée d’un excellent vin du Domaine Sarat de Goundy, Mathilde interprète avec cœur et brio la danse du plaisir qui se joue entre les deux amants, dans leur folle et inventive escapade vers les dimensions insoupçonnées de leur être.

     Le public, lui, se laisse porter. Un peu gêné au départ, - évoquer avec autant de poésie et d’élégance le plaisir féminin est chose rare -. Une main trépigne d’impatience, incontrôlable, sur une chaise - on est si loin du porno et de sa consommation triviale. Témoin, complice, le public ? Pas indifférent en tous cas, lui qui pénètre, consentant et quelque peu voyeur, l’intimité de ce couple qui multiplie les jeux sexuels pour mieux attiser son désir et ainsi atteindre l’extase.

    éro-tik, vous dites ?

     Deux REINES en scène. Reliées entre elles par le féminin sacré et le désir de la Vie qui les porte.

    Alors oui, dans ce jeu pour adultes consentants, le désir s’exprime, palpable, incandescent, émouvant, touchant. Il monte, monte, contrôlé, puis ravivé, poussé à son extrême, avec élégance et inventivité. La comédienne et plasticienne Catherine Coole , humour ravageur et espièglerie en prime, détend l’atmosphère, chantant et dansant, partageant recettes de poulettes et expériences coquines. Tout cela dans un joyeux esprit décomplexé. Elle sait si bien calmer le jeu de l'émoi sexuel, la pétillante Catherine. Avec humour, elle interprète les saynettes de sa touche et son inimitable accent québécois.

    Et on rit de ces intermèdes vivifiants, sur des textes du «Pornographe», roman inclassable « intello sexy» érotique de la blogueuse montréalaise Anne Archet. Un œil humide, des doigts qui parcourent une bouche aux lèvres légèrement ouvertes… Hum Hum Hum…

    éro-tik, vous dites ?

    Que tout cela est joyeux, et vibrant de vie comme ces verres d’élixir d’amour offerts au public par Catherine et Mathilde, déesses du plaisir féminin, invitant chacun à tenter l’expérience de ces 7 nuits au moyen d’un tirage.

    éro-tik, vous dites ?

    J’ai tiré la 4, mon amoureux la 5…. Dieu Eros, quand tu nous tiens !

    Et pour ceux qui n’y étaient pas : extraits du roman «Pornographe» d’Anne Archet et vivifiés par Catherine Coole.

     

    Pénétration

     

    Pourquoi serait-ce toujours à toi d’être en moi ? N’est-ce pas profondément injuste ?

     Je veux me glisser sous ta peau, ramper à travers ta chair, me vautrer contre les replis fibreux de tes muscles, me laisser couler lentement dans tes artères et taquiner ton cœur du bout de la langue. Je veux que nos os se calcifient et se soudent, que nos tendons s’entremêlent et que nos deux esprits fusionnent dans une longue plainte criée à l’unisson.

     

     Je veux nager dans l’onde amoureuse de ton sang, me frotter aux cils tremblants de tes cellules, entortiller mes membres dans l’écheveau inextricable de tes neurones, boire la vie pulsante et chaude de ta semence, me nourrir de tes humeurs, me repaître crapuleusement de tes pensées les plus intimes et les plus inavouables, et par-dessus tout me regarder avec tes yeux pour comprendre enfin ce que tu vois en moi.

     

     Je veux goûter le suc astringent de mon amour avec ta langue, sentir les plis humides de ma vulve sur le bout de tes doigts et ma cyprine poisseuse mouiller tes lèvres. Je veux sentir la caresse de mon sein avec la paume de ta main et les soubresauts de ma chatte en émoi au bout de ton gland. Savourer enfin le feu que provoque en toi la fureur déchaînée de mes sens.

     

    Je veux savoir ce que tu ressens quand je prends ta virilité dans ma bouche, lorsqu’elle baigne dans ma salive brûlante. Je veux frémir comme tu frémis lorsque je fais vriller ma langue folle le long de la hampe, lorsque tu l’enfonces dans ma gorge dans un geste incontrôlé. Je veux ressentir la fièvre qui saisit ton corps lorsque tu cries mon nom, lorsque tu tires mes cheveux, lorsque tu plantes tes ongles dans mes cuisses, lorsque tu t’effondres, tremblant, renversé par la jouissance.

     

    Je veux ressentir la douleur que provoque le fil glacé de ma lame étincelante lorsqu’elle fend lentement ta peau trop parfaite. Je veux éprouver par moi-même le frisson que tu ressens lorsque je pose mes lèvres sur ta plaie et que je suce le flot écarlate de la vie qui fuit de tes veines, sentir l’adrénaline te posséder quand je m’accroche à ta chair déchirée. Je veux connaître la divine agonie de ma morsure sur ta gorge, m’entendre murmurer ton nom dans ton oreille, sentir autour de ta taille mes cuisses qui t’enserrent et qui te poussent à t’enfoncer toujours plus profondément en moi.

     

    Je veux ressentir l’effet que produit en toi la violence de mes mots courroucés, la piqûre âcre de mes sarcasmes, la force souveraine de ma colère, la joie terrible de mes aveux et baigner, de l’intérieur, dans la cascade cristalline de ton rire. Je veux savoir ce que tu ressens lorsque je te pousse jusqu’à tes derniers retranchements, au bord de l’abîme, à l’extrême limite de l’irréparable. Mais je veux aussi sentir ton émoi lorsque tendrement tu me prends dans tes bras, lorsque tu caresses mon visage, lorsque je mouille tes joues de mes larmes.

     J’ai besoin de savoir ce que tu ressens quand tu me désires, quand tu me possèdes.

     Je veux savoir ce que tu ressens quand tu dis que tu m’aimes.

     Je veux pénétrer en toi.

     

     Photos de Royt Drici

    * Merci à Catherine Becam pour sa contribution renouvelée à ce modeste blog.  

     

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    Pulcherrima : Lat. 43.11° N - Long. 3.05° E   

    Scène de bord de Canal

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