• Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

     Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

    Des petites hauteurs de Moussan, on distingue au loin, par le biais d’un regard de myope confirmé, comme une ravissante petite ville, tranquille, toute blanche, délicatement enfouie dans la verdure.

    C’est Malvési, lieu maudit, usine atomique spécialisée dans le traitement de l’uranium du monde entier, unique structure industrielle du coin, vital pourvoyeur d’emplois, + - 200 employés, inévitable pollueur de tout son environnement, - L'ensemble des eaux rejetées par l'usine alimentent le canal de Tauran, (où l’on peut souvent voir deux hérons) qui se déverse dans le canal de la Robine, traverse le centre-ville de Narbonne, puis se jette dans l'étang de Bages-Sigean**- site Seveso 2, radioactif à 6 km à la ronde, si ce n’est plus ou moins, 200 hectares dont 20 ha de bassins , 350 000 M3 de liquides douteux, appelés effluents, +- 1 000 000 m3 de résidus radioactifs. Quelques accidents depuis 1959.

    Un lieu dilemme. Enorme. Toxique. Effrayant. Mais aussi, un extraordinaire fleuron de technologie et d’entreprises spécialisées.

     

    Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

    12 bassins de rétention, avec des noms vitaminés, de stockage, décantation, d’évaporation, etc. …

     

    Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

    Des eaux bleues, apparemment inoffensives... Source image : sortir du nucléaire

      

    Ce 6 avril, un conseil municipal dit informel a tenté, après avoir validé, (septembre 2016) puis remis en cause, le projet de Traitement des Déchets Nucléaires, (mars 2017), de redéfinir un semblant d’approche politique du dossier Areva, société qui gère le site et doit traiter les déchets nitratés qui s’accumulent et débordent à Malvesi. Le procédé retenu à mis en branle Covidom, Eccla, Rubresus, associations de défense de l’environnement qui ont alerté les pouvoirs publics, organisé des réunions et des manifestations et obtenu plus de 5000 signatures aux pétitions mises en œuvre.

    Ils ont ainsi réussi à remplir la salle des Synodes : De Cuxac, de Moussan, de Coursan, ils sont venus. Très très peu de jeunes, voire d’enfants, qui seront les héritiers des décisions prises bientôt. Plutôt des adultes, de 40 à 70 ans, inquiets : on parle d’incinération de déchets, d’une cheminée de 30 mètres de haut d’où sortiraient des vapeurs mortelles, d’Areva qui nous traitera en cobayes avec un procédé expérimental et qui est évidemment absente, à cause de l’impossibilité de participer à « une réunion publique afin de respecter la procédure en cours».

    Cette société a l’intention –nécessaire- de transformer les résidus résultant du traitement (partiel) de l’uranium via la construction d’une petite usine, où sera utilisé un procédé spécial de Traitement Des Nitrates (TDN) nommé THOR (Thermic Organic Réduction = réduction organique thermique), via des réunions diverses et nombreuses et des tas d’autorisations qui sont en cours d’obtention. Mais les associations veillent, ainsi que le public et les élus, et la construction de la résistance, des réunions, des pétitions et des non autorisations sont aussi en cours d’obtention.

     L’heure est grave, dramatique, il en va de notre avenir sanitaire et environnemental.

    Bon alors de quoi s’agit il ? Tentons de découvrir, de notre mieux, Malvesi en toute poésie :

     Dans ce lieu, le yellowcake, qui est un gâteau jaune de minerai d’uranium est décomposé pour obtenir de l’uranium, traité ensuite pour obtenir du tétrafluorure d’uranium, traité à son tour (ailleurs qu’à Narbonne) pour devenir un super combustible nucléaire. Il se présente sous forme de cristaux verts émeraudiques, nommé « sel vert. »

     Le nitrate d’uranyle s’acoquine avec plutonium, americanum 241 et technétium 95 pour donner cette teinte azurée à l’eau usée des bassins dont les déchets radioactifs s’évaporent tranquillement. Et si on n’y voit pas surnager les isotopes issus de l’uranium de retraitement, c’est parce qu’il est fluorisé pour devenir ce tétrafluorure d’uranium, par l’acide nitrique, l’ammoniac, l’hydrogène et deux ou trois autres copains. Quant au Diuranate de Sodium, qui compose en grande partie le yellowcake, il subit quotidiennement les attaques de l’acide nitrique, en un combat épique qui se décrit ainsi : 

     Na2U2O7 + 6HNO3 → 2(UO2(NO3)2 + 2NaNO3 + 3H2O

     Ce tétra truc est exporté pour 27%, le reste allant dans l’industrie atomique du pays. (Centrales nucléaires et bombes atomiques) Mais le résultat final, et qui nous concerne, c’est qu’il nous laisse plein de cochonneries, résumées sous le nom de nitrates, qui se retrouve dans les eaux utilisées pour le processus. Vous suivez ?

    Le procédé TDN à 80 millions d’euros

    Le traitement consiste à cuire à feu doux (850 degrés), dans un four à charbon de bois, les résidus des bassins pour en décomposer le nitrate en azote gazeux et en oxyde d’azote. LeAreva, mauvais sort, que fais tu dehors*? liquide deviendra gaz, chose légère, aérienne, probablement d’un blanc pur, mais hautement polluante.

     

    Cette cuisine parait d’autant plus moyenâgeuse qu’il s’agit, d’après Covidom, d’un procédé expérimental, testé au Colorado avec succès 8 jours durant sur une solution synthétique. Une expérience virtuelle en somme, qui n’a aucun rapport avec les produits réels sis à Malvési, D’où la juste inquiétude des habitants et des associations de veille. Car il s’agirait ni plus ni moins, d’une forme d’incinération, productrice de fumées toxiques, mot qu’Areva réfute formellement. (D’autant que la règlementation sur les rejets d’incinérateur est plus stricte que les rejets par traitement thermique, expression que préfère utiliser la société ; qui doit faire elle-même les règles, fixer les taux etc…, ne croyez vous pas ? Et qui doit savoir faire la différence entre bouillir, cuire, incinérer, traiter thermiquement, tout en combattant les arrêtés préfectoraux pour obtenir des seuils d’émissions plus élevés.

     

     Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

     Ce qui pourrait sortir de la cheminée : un sacré cocktail !  

     

    L’impact chimique et atmosphérique du Traitement Des Nitrates 

     16 000 m3 de fumée pour 1 m3 d’effluents traités, 40 000 m3 de gaz par heure qui seront vaporisés vers Narbonne, le Cers soufflant plus souvent que le marin. Une fumée composée d’oxyde de souffre et d’azote, 28 000 kg/an ) de particules fines diverses (benzène, dioxines, ammoniac, radon) qui s’élèveront en délicates volutes jusqu’à nos organismes provoqueront cancers et mutations, et empoisonneront vignes AOP et cultures maraîchères, jusqu’au moindre brin d’herbe.

     Areva, elle, dit en substance, le contraire. Ce sera de la fumée propre ! 

     

    Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

    Mais n’avons nous pas déjà la paille au cul et le feu dedans ? Ne subissons nous pas déjà la pollution provenant de Malvesi ?

    L'EDN, La solution alternative évoquée par Rubresus et Maryse Arditi

     

    EDN, pour Extraction Du Nitrate. Il s'agirait d'extraire le nitrate au lieu de le détruire (des liquides des bassins) par un solvant pour obtenir de l’acide nitrique (de plus en plus gai) qui peut être utilisé dans le circuit industriel de Malvesi. Cette technique est d’ailleurs utilisée par l’usine. Cette solution évite une combustion du charbon et diminue la diffusion de composés volatiles et permet moins d’utilisation d’eau.

    Il resterait alors des effluents dénitratés qui pourraient être concentrés, stockés et enterrés sous forme solide et sous du ciment. Une solution plus « écologique », selon Rubresus, par la voix d’André Bories.  

    Maryse Arditi, docteur en physique nucléaire, engagée écologique, qui estime qu’il faut traiter les nitrates et que les déchets traités devraient rester sur le site narbonnais, se fait hu- er, ceux de Covidom estimant qu’elle donne son accord au procédé THOR. Et après qu’elle ait expliqué que Lafarge ciments émet en 4 semaines autant de produits toxiques qu’Areva en un an, la perplexité gagne quelques secondes. Cimenter signifierait-il que le remède est, fabriqué en amont, aussi toxique que le mal qu’il doit réparer ?

    L’intervention d’Yves Lenoir, spécialiste dans tout ceci, confirme les explications d’André Bories, et précise qu’Areva dans son étude ne dit pas que le traitement des nitrates provoquera des émissions de radon, un produit très toxique. Areva nie le fait (dans la presse)

     Il faut donc se battre, se mobiliser pour que l’atmosphère ne deviennent pas un composé dont l’oxygène soit un élément mineur

    Les conséquences sanitaires sont soulignées par le docteur Mariette Gerber en un discours passionnant mais très technique, dont le résumé est : nous sommes foutus si nous continuons à vivre dans le coin. Les enfants seront malades, on ne pourra plus fumer sa clope dans un air pur, ce sera le Mordor.

    C'est donc un sujet et un projet nu-clé-aires dont la complexité cause un effroi certain. Une complexité qui échappe aux habitants, aux élus, aux organismes chargés de comprendre et d’évaluer son efficacité et ses conséquences. Et peut être même à ses initiateurs. On sait bien que tout marche cahin caha, et des fois par miracle. Comme on ne peut compter sur le miracle comme procédé industriel, on ne peut que faire confiance aux procédures sécuritaires que s’impose (on l’espère) Areva.

     Et malheureusement, parce que tout cela nous dépasse, là ou un maire, un président d’interco, un préfet, etc… pourrait avoir le pouvoir de dire : NON ! ON NE VEUT PAS DE CELA ! une sorte de résignation bienvenue imbibe la pensée : il faudra bien laisser faire ceux qui savent !

    (D'ailleurs, y a t-il un laboratoire de recherche nucléaire à Narbonne, une école spécialisée sur le territoire ? Une attention des hommes politiques portée sur le fonctionnement des entreprises du territoire ?)

     

    Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

     Malvési, à l’heure vespérale

    Pas de débat ce soir mais une réunion fort intéressante même si l’on n’a pas tout compris. C’est souvent ainsi. De toute façon, la plupart des gens ont perçu, de façon diffuse, le danger, car oui, le vent dispersera tout ce cocktail de cheminée d’usine sur Narbonne et ses environs qui empoisonnera tout.

     Quelques trublions crient : il faut sortir du nucléaire le nucléaire c’est pas sain, à dégager ! D’accord. Mais il convient de savoir si nous avons une énergie de remplacement viable pour sortir du nucléaire ; installer une ou deux éoliennes sur sa commune pour toucher 30 000 euros l’an est plus un projet de rente économique qu’un projet de développement énergétique. Quant au solaire, il semble encore aussi peu satisfaisant que l’éolien !

     Areva, mauvais sort, que fais tu dehors*?

      

    Intervention politique de Sabine Flautre, très applaudie, qui ne se félicite plus qu’Areva traite les déchets, mais s’inquiète de façon écologique. On apprécie que nos élus inhalent un peu de chimie et comprennent qu’on ne peut valider une décision d’Areva sans réflexion ou discussion, même si cela ne sert pas à grand-chose, même si l’Etat est l’actionnaire principal d’Areva pour 87%. On salue surtout le travail admirable de ces vigilantes associations qui s’emparent du sujet et permettront, peut être, des recherches alternatives par Areva, demain ou après demain. C’est sans doute cela, l’intelligence sociale et citoyenne.

    Je ne vous ferai pas grâce de l’intervention de Bascou, ce mauvais gestionnaire de territoire qui se fout de tout et n’écoute rien, mais est capable de causer la stupeur en demandant, après deux heures d’explication du sujet : comment les déchets vont-ils être traités ? Et de son air profondément ennuyé quand les explications reprennent. Au piquet !

     Pour finir, rien à voir mais un peut tout de même, les absents : Bouisset, Sandragné, Lamy, Malquier, Baucis, Déjean, Parra, Puybareau, et 2 ou 3 autres dont j’ai oublié le nom. Et aussi, dois-je le dire ? Allez, je ne résiste pas, au nom de ceux qui ont voté pour eux, Péréa et Ripert, élus font national. Phagocytés par Areva. Informellement vôtres.

     

     

    * Titre emprunté à Fred Vargas, auteur de romans policiers. Dans « L’homme aux cercles bleus »

    ** Wikipédia

    Pour se documenter façon pointue et voir de meilleures images:  ECCLA, RUBRESUS, AREVA

     

     

      

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